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Le retour de la langue de bois et de la politique politicienne Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Administrator   
05-11-2008

Par Chantal Maignan le vendredi, octobre 17 2008, 12:14


J’ai entendu avec une stupéfaction teintée d’indignation le président de la commission des finances dire, dans l’émission politix, que le Conseil général de la Martinique n’avait aucune difficulté financière.

 

Une telle attitude relève soit d’un manque de lucidité total, et je regrette à devoir le dire, d’une forme d’incompétence, soit d’une volonté délibérée de masquer la réalité aux Martiniquais et, je suis révoltée d’avoir à conclure que c’est prendre les élus et les citoyens pour des idiots.

Car il suffit de consulter les résultats officiels des collectivités et de comparer entre eux les conseils généraux pour savoir exactement où en est financièrement le Conseil général de la Martinique dans ses comptes.

 

Et le résultat n’est pas brillant ! C’est le moins que l’on puisse dire.

 

Voici la réalité des chiffres :

Le résultat du compte d’exploitation est extrêmement faible et ne favorise pas l’investissement.

Il n’est que de 36 euros par habitant alors que la moyenne des départements comparables est de 99 euros par habitant ; la faiblesse de ce chiffre s’explique notamment par des charges de personnel extrêmement élevées à 224 euro par habitants pour une moyenne, dans les départements identiques, de 140 euro par habitant.

Or le département ne peut pas se plaindre d’être mal traité par l’Etat car ses dotations sont le double de ce qu’il verse à d’autres départements similaires (Dotation globale de fonctionnement de 400 euro par habitant contre 211 euros.)

En outre, les charges financières (intérêt de la dette) sont le triple de ce qu’elles représentent pour des départements comparables : 33 euros par habitants contre 14 ; Ce qui indique déjà que le département est particulièrement endetté. En effet, si l’on regarde l’encours de la dette, il est de 872 euros par habitant contre une moyenne de 394 euros pour des départements comparables. Et l’annuité est de 98 euros contre 60.

 

Lorsqu’on regarde les encours de dette, ils sont passés de 241 millions en 2004 à 347 millions en 2007 ; soit une augmentation de près de 50%.

Les emprunts souscrits en 2007 sont de 177 euro par habitants contre 70 dans les départements similaires.

 

Dans le même temps, avec ces emprunts, on constate que le département a investi en 2004, 110 millions mais, en 2007, il n’investissait plus que 107 millions. Par conséquent les emprunts n’ont pas servi qu’à financer l’investissement.

 

Et là encore, le département ne saurait se prétendre lésé par l’Etat en 2007 puisque, en euro par habitant, il reçoit trois fois plus de subventions que les départements comparables.

 

Par conséquent, les emprunts ont servi à financer la trésorerie courante car en effet la capacité d’auto-financement du département est le tiers des départements comparables et que son fonds de roulement a chuté, en 2007, de 12 millions d’euros par rapport à ce qu’il était en 2006.

 

Certes, le département intervient massivement au titre de l’aide à la personne, dont le RMI, pour un montant de 519 €/h (contre 220 € ailleurs) mais cela ne sert qu’à révéler un développement économique défaillant, lequel renvoie à l’immobilisme ou l’impuissance de la Région dont c’est la compétence.

 

Le département n’est plus en mesure aujourd’hui de remplir correctement sa mission et de participer au développement des communes car il ne verse, en subvention, que 46 euros par habitant alors que les départements comparables en versent 87.

 

En 2006, le département avait versé 23 millions d’euro, en 2007, il n’a versé que 18 millions d’euro.

 

Il y a donc à l’évidence un problème financier au Conseil général.

 

Et que l'on ne me taxe pas d'anti-gauche primaire, car en Guadeloupe; les charges de personnel sont de 175 €/h (contre 224 €/h) ; la charge financière est de 12 € /h (contre 33 €/h). La Guadeloupe a un encours de dette 270 €/h (872 € en Martinique) ; l'annuité de la dette y est de 36 euros contre 98 ; le fonds de roulement est de 159 euro contre 10 euro en Martinique (et il s'est amélioré de 7 €/h alors qu'il se dégradait de 30 en Martinique). La gestion en Guadeloupe permet de dégager une capacité d'auto-financement pour les investissements de 123 €/h ; soit le double de celle de la Martinique.

 

Dire que la situation est difficile, que la conjoncture internationale n’a pas facilité les choses, ce n’est pas attaquer le président du Conseil général ; c’est affronter courageusement la réalité et présenter à la population à qui l’on doit des comptes les mesures envisagées pour améliorer la situation.

 

Le « sentimentalisme » qui fait que l’on n’ose demander aux élus de faire tout leur travail et de présenter feuille de route et bilan de leurs actions n’est plus de mise dans un contexte où non seulement les administrés sont aptes à comprendre comment le pays est géré mais aussi sont déterminés à savoir ce que l’on fait de l’argent de leurs impôts directs et indirects.

 

A la culture de l’action d’éclat minutieusement préparée, des grandes indignations savamment orchestrées, et de la mise en scène destinée aux média subjugués doit maintenant se substituer la culture de l’effort et de l’obligation de résultat.

 

La responsabilité locale si bruyamment réclamée par les élus de gauche doit trouver sa concrétisation d’abord par l’acte de présenter la gestion du pays et d’en rendre compte à tous les Martiniquais.

 

Dernière mise à jour : ( 05-11-2008 )
 
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